Air sec à la maison : que faire en hiver ?
Pourquoi votre maison est-elle si sèche chaque hiver ?

Le chauffage se rallume en octobre, et les plaintes familières reviennent vite : la gorge qui gratte le matin, la peau qui tiraille, les yeux qui piquent le soir. Un humidificateur semble la solution évidente, et c'est parfois la bonne. Mais le plus souvent, l'air sec est le symptôme de la façon dont la maison est chauffée et aérée, et il se corrige sans appareil supplémentaire. Ou alors, la gorge et les yeux irrités ont des causes sur lesquelles un humidificateur ne peut rien. Voici comment faire la différence.
Pourquoi l'air chauffé devient si sec
L'air froid de l'hiver contient très peu d'eau. Réchauffez-le : la quantité d'eau reste la même, mais la capacité de l'air augmente, et l'humidité relative chute. C'est de la physique établie. Une fiche d'information de SuisseEnergie (le programme de la Confédération pour l'énergie) en donne un exemple : un air extérieur à 0 °C, chauffé à 21 °C sans apport d'humidité, ne contient plus qu'environ un dixième de l'eau qu'il pourrait contenir.
Quelle humidité viser ?
La réponse courte : entre 30 et 50 % environ, selon votre confort et votre santé. En dessous de 30 %, le confort en pâtit : peau qui tiraille et démange, lèvres gercées. Une revue de 2016 parue dans le Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology conclut qu'une humidité et une température basses affaiblissent la barrière cutanée et la rendent plus réactive aux irritants, et que le froid sec augmente le risque de poussées chez les personnes atteintes d'eczéma. L'air sec favorise aussi les virus : une revue de 2024 parue dans l'International Journal of Hygiene and Environmental Health situe le risque le plus faible d'infection par la grippe et le COVID-19 entre 40 et 60 %, et une étude en laboratoire publiée en 2013 dans PLOS ONE a montré que le virus de la grippe, issu de toux simulées, gardait bien davantage son pouvoir infectieux à 23 % d'humidité qu'à 43 % (en salle d'essai, pas dans une maison).
Au-dessus de 50 %, les acariens prospèrent : dans une étude de 2001 parue dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology, des maisons maintenues sous 51 % d'humidité pendant 17 mois présentaient plus de dix fois moins d'allergènes d'acariens que des maisons humides. L'Organisation mondiale de la santé considère l'humidité persistante et les moisissures à l'intérieur comme un risque pour la santé. Trouvez le niveau qui vous convient et essayez de le maintenir. Un simple hygromètre dans deux ou trois pièces, relevé matin et soir, vous dit où vous en êtes.
Bien chauffer et bien aérer en hiver
Plus le thermostat est réglé haut, plus l'air est sec. Pour aider à maintenir l'humidité à 30 % ou plus, suivez la recommandation de SuisseEnergie : ne chauffez aucune pièce au-dessus de 21 °C. Dans une maison plus ancienne, sans ventilation mécanique, suivez le conseil de l'Office fédéral de la santé publique : ouvrez grand toutes les fenêtres au moins 5 minutes le matin, à midi et avant le coucher (3 minutes par temps très froid ou venteux), plutôt que de les laisser entrouvertes en permanence. Vous renouvelez ainsi l'air rapidement, au lieu de perdre de la chaleur pendant des heures et de faire travailler davantage le chauffage.
Quand un humidificateur n'aidera pas
Votre nez et votre gorge humidifient d'eux-mêmes l'air que vous respirez. L'irritation que l'on attribue à l'air sec vient souvent de ce qu'il contient : particules fines, formaldéhyde et autres composés volatils, fumée. Si vous suivez déjà les conseils de chauffage et d'aération ci-dessus, la première étape est donc un capteur de qualité de l'air qui mesure le CO₂, les COV, le formaldéhyde, les PM2,5 et les PM10. Selon ses relevés, aérez plus souvent, et choisissez des matériaux et des meubles qui émettent le moins possible.
Quand un humidificateur est utile
Deux situations : quand l'hygromètre reste nettement sous 30 % même après avoir corrigé la température et l'aération, ou quand une personne du foyer souffre d'une affection respiratoire ou cutanée et que son médecin le recommande. Conseil : choisissez un modèle avec hygromètre intégré, qui maintient automatiquement un taux d'humidité cible, placez-le loin des fenêtres froides et nettoyez-le souvent. Trop d'humidité fait proliférer les microbes dans l'appareil lui-même et sur les murs froids, et l'humidité peut nuire à la santé avant même qu'une tache n'apparaisse.
Vous envisagez une rénovation ? Ce que la conception change pour la température et l'humidité
Chauffer pièce par pièce
Un chauffage zoné par pièce garde les espaces de vie confortables et permet une chambre plus fraîche pour dormir. Pas trop fraîche toutefois : l'Office fédéral de la santé publique avertit que dans les bâtiments anciens mal isolés, une chambre sous 18 °C, surtout porte ouverte, peut entraîner condensation et moisissures.
Une ventilation automatisée
Lorsqu'une rénovation complète est prévue, la ventilation devient une décision de conception : faut-il ajouter un système, centralisé ou pièce par pièce, et doit-il récupérer l'humidité en plus de la chaleur (échangeurs enthalpiques) ? Cette discussion a lieu tôt avec l'ingénieur CVC, avant la fermeture des plafonds.
Les bâtiments certifiés Minergie et de nombreux bâtiments récents disposent déjà d'une ventilation contrôlée. Là où il y a un système, ses réglages comptent : la fiche de SuisseEnergie note qu'une ventilation régulée selon le CO₂ garde dans la maison l'humidité produite par ses occupants, si bien qu'elle descend rarement sous 30 %, et recommande d'ajuster les installations en conséquence.
Laisser travailler les murs
Une étude de 2022 parue dans la revue Materials a montré que l'enduit terre, le pisé et la brique crue absorbent et restituent l'humidité de l'air plus vite que le béton, l'enduit à la chaux ou le plâtre cartonné, même si tous les produits en terre ne se valent pas. Avec la bonne peinture ou la bonne finition, les données dont on dispose suggèrent un effet tampon qui lisse les variations quotidiennes, en complément de la ventilation. Aucun de ces matériaux n'est aujourd'hui standard dans la construction : ce sont des choix de conception, à anticiper.
Traiter les points froids
La condensation et les moisissures commencent là où les surfaces sont froides : vieux vitrages, ponts thermiques, l'angle derrière une armoire contre un mur extérieur. Une rénovation bien préparée repère ces problèmes et les règle avant la pose des meubles et des finitions.
Par où commencer
Si votre maison vous paraît sèche chaque hiver, ou sèche dans une pièce et humide dans la suivante, il est important de comprendre pourquoi avant toute décision de rénovation. Chauffage, ventilation et finitions sont des systèmes qui concernent toute la maison, et se conçoivent ensemble. L'Audit Longévité mesure l'humidité et la température, en plus de la lumière, de l'air, de l'eau, du bruit et des champs électromagnétiques : la discussion part des chiffres de votre maison, pas d'une supposition. Ou écrivez-moi simplement.
Basée à Lausanne, j'interviens dans toute la Suisse, en français, en anglais et en mandarin.
Sources :
- SuisseEnergie / Office fédéral de l'énergie (2016). Humidification de l'air : fiche d'information pour les spécialistes de la branche de la ventilation, de l'architecture et de l'exploitation des bâtiments
- Office fédéral de la santé publique (OFSP). Aération et chauffage appropriés
- Wolkoff P. (2024). Indoor air humidity revisited: impact on acute symptoms, work productivity, and risk of influenza and COVID-19 infection. International Journal of Hygiene and Environmental Health (en anglais)
- Noti JD et al. (2013). High humidity leads to loss of infectious influenza virus from simulated coughs. PLOS ONE (en anglais)
- Engebretsen KA, Johansen JD, Kezic S, Linneberg A, Thyssen JP. (2016). The effect of environmental humidity and temperature on skin barrier function and dermatitis. Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology (en anglais)
- Arlian LG et al. (2001). Reducing relative humidity is a practical way to control dust mites and their allergens in homes in temperate climates. Journal of Allergy and Clinical Immunology (en anglais)
- Diviš J, Růžička J. (2022). The influence of clay structures to the hygrothermal component of the indoor environment. Materials (en anglais)
- Organisation mondiale de la santé (2009). WHO guidelines for indoor air quality: dampness and mould (en anglais)



















